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Aux origines de la Russie

janvier 2009


LA RUSSIE DE L’ANTIQUITE AU XVIe SIECLE

 
  I. Les débuts d’un État
 
  I.1. La Russie des origines
 
  Au cours du IIe millénaire avant JC, des peuples indo-européens, ancêtres des Slaves, se sont fixés sur les bassins du Dniepr (région de l’actuelle Ukraine) et de la Vistule (partie de la Pologne actuelle). A partir du milieu du Ier millénaire avant JC, ils vont subir les pressions alternées des populations venues des steppes de l’Asie centrale (Indo-Européens iraniens, tels les Scythes, les Sarmates ou les Alains, puis Huns, Avars et Mongols) et des populations indo-européennes de l’Europe occidentale (Celtes, puis Germains). Etablis en Europe vers 800 avant JC, les Slaves sont repoussés au centre de la Russie actuelle par les Scythes installés au nord de la mer Noire. Tribu de cavaliers chassés à l’ouest par la Chine, les Scythes commerçaient avec les Grecs et, contrairement à eux, connaissaient l’usage de la selle. Un autre peuple asiatique nomade, les Sarmates, envahit la Russie méridionale vers 200 avant JC. Quatre siècles plus tard, la tribu germanique des Goths étend sa domination jusqu’en mer Noire. Convertis au christianisme vers 300, ils sont repoussés à l’ouest en 360 par les Huns et envahissent l’Europe occidentale. Alors que les Huns finissent par se replier dans le sud de la vallée du Don, les Slaves commencent leur expansion jusqu’aux rives de l’Elbe et du Danube. En 550, la tribu tatare des Avars atteint l’Europe et aide l’empereur byzantin Justinien dans sa lutte contre les Slaves. La tribu asiatique des Khazars envahit la région vers 650 et apporte une certaine stabilité en développant le commerce entre l’Orient et l’Occident ainsi qu’une législation. Empêchant la diffusion de l’islam et contrôlant les routes commerciales, ils font preuve d’une certaine tolérance religieuse et encouragent le développement des villes. Durant ces périodes d’invasion, les Slaves se dispersent : les tribus occidentales deviendront les Moraves, les Polonais, les Tchèques et les Slovaques ; les tribus méridionales les Serbes, les Croates, les Slovènes et les Bulgares ; les tribus orientales, les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses. Le monde russe médiéval est composé de groupes slaves épars qui ne s’organisent pas avant le IXe siècle, au contact des Scandinaves avec qui ils commercent depuis le siècle précédent. Avant cette époque, la structure politique et sociale des Slaves est basée sur le mir, c’est à dire la communauté de terres au sein de villages, communautés qui ne sont en rien fédérées. Le mir signifie la terre dans le sens d’univers, de cosmos, mais aussi de paix : il s’agit d’un monde clos, limité au cercle de famille élargi pour qui l’extérieur est synonyme de périls. Alors que les Slaves du sud et de l’ouest se mêlent à d’autres populations et multiplient les contacts avec le monde méditerranéen, les Slaves de l’est restent relativement isolés, dans un espace s’apparentant à une immense frontière.
 
  I.2. Les Varègues
 
  Les Slaves orientaux, venus des Carpates, occupaient aux VIIIe et IXe siècles une large bande de territoire, entre le golfe Baltique et le lac Nevo (Ladoga) au nord, les rives nord-ouest de la mer Noire au sud. Divisés en tribus, ils avaient dépassé le stade de l’économie naturelle ; la cueillette et la chasse ne fournissaient plus qu’un appoint aux produits de l’agriculture et déjà se créaient de petits centres d’échanges, embryons de villes. Barbares voisins, au sud, de l’Empire byzantin, dont la riche capitale était une tentation, ils subirent au IXe siècle l’infiltration des Normands, ces hardis navigateurs scandinaves qui, au même moment, écumaient et conquéraient en partie les côtes de l’Europe occidentale et de la Méditerranée. Ces Normands, les Varègues, fournirent aux Slaves des mercenaires, mais aussi des chefs militaires, parlant bientôt en maîtres dans les principales villes (Novgorod, Kiev), et une dynastie de princes qui, établissant leur souveraineté sur l’ensemble du pays, fondèrent le premier État russe, capable d’entretenir avec Byzance, des échanges réguliers, de traiter avec lui d’égal à égal et de se défendre (jusqu’à son écroulement au XIIIe siècle) contre les attaques des nomades asiatiques venus de l’est (Petchenègues, Polovtses, et enfin Tatars Mongols). Le rôle des Varègues, exagéré par l’historiographie allemande du XIXe siècle, est à la base de la théorie normaniste, qui fait du premier État russe une organisation d’origine scandinave, introduisant un ordre politique souhaité par les peuples slaves arriérés et anarchiques. La Chronique de Nestor, ou Chronique des temps passés, panégyrique de la dynastie, rédigée au XIVe siècle et racontant les débuts de l’État russe, imagine un « appel aux Varègues » (en 862 ?) qui fit du chef normand Rurik le maître de Novgorod, et de son successeur Oleg le prince de Kiev. Les historiens russes d’avant et d’après 1917 ont fortement réagi, par une explication anti-normaniste qui tenait compte du niveau de développement des Slaves de l’Est au IXe siècle, de l’existence de villes et des ébauches d’organisation étatique antérieures sous forme de confédérations de tribus. Un néo-normanisme raisonnable reprend actuellement ces arguments, mais reconnaît l’initiative et le dynamisme de la dynastie de Rurik, d’ailleurs rapidement slavisée et opérant dans un milieu économique et social où étaient déjà réunies toutes les conditions d’existence d’un État.
 
  I.3. La Kiévie
 
  Le nouvel État, dont le prince souverain a fait de Kiev sa capitale (d’où l’expression de Kiévie), est une sorte de domaine familial où tous les fils recevant une part de l’héritage royale, souvent ensanglanté par des luttes fratricides, affaibli par les attaques des Scandinaves, des Polonais, des nomades, et par ses conflits avec Byzance. Son unité n’a été réalisée que momentanément sous Vladimir (980-1015) et Jaroslav le Sage (1019-1054). Le pillage de Kiev (la « mère des villes russes ») par un prince de Souzdal en 1169 marque son déclin. Il disparaît définitivement lorsque les Tatars Mongols s’emparent de sa capitale en 1240.
 
  I.4. La conversion au christianisme oriental
 
  Le fait essentiel de cette histoire primitive est la conversion des Slaves orientaux au christianisme sous sa forme orientale par l’intermédiaire de Byzance (Tsargrad) et des pays bulgares qui dépendaient d’elle. Le baptême du grand-prince Vladimir en 988, imposant à tout son peuple une nouvelle foi, clôt une période de pénétration des influences chrétiennes où se sont affrontées, face au paganisme, Rome et Byzance. Mais la légende du choix religieux de Vladimir, racontée par la Chronique, masque une décision de caractère politique : le christianisme oriental, par son organisation hiérarchique, son autorité sur les fidèles et l’autonomie de son clergé, relié à Byzance par des liens très lâches, fournit à la Kiévie une religion nationale, facteur d’unité, de soumission au pouvoir, de civilisation. Il introduisit l’écriture et l’instruction religieuse par les Livres saints copiés en slavon grâce à l’alphabet cyrillique, oeuvre des évêques de Salonique, Cyrille et Méthode. Une hiérarchie ecclésiastique fut mise en place, encadrée par une quinzaine d’évêques et un métropolite à Kiev, dépendant du patriarche de Constantinople. Au-dessus de la grisaille des cités bâties en bois ou en torchis, s’élevèrent de blanches églises de pierre et des monastères dont le plus célèbre fut celui des Catacombes (Kievo-pecerskaja Lavra) près de Kiev, fondé dans la seconde moitié du XIe siècle. Cependant, comme le christianisme aidait le pouvoir à briser les libertés tribales, détruisant les idoles, il se heurta à une longue résistance dans les campagnes où les traditions païennes, plus ou moins intégrées à la nouvelle foi, subsistèrent longtemps. Par la religion, la Kiévie est entrée dans le monde occidental ; si ses rapports commerciaux sont particulièrement actifs avec Byzance, toute proche, les liens diplomatiques s’étendent à toute l’Europe. Une fille de Jaroslav, Anne, a épousé le roi de France Henri Ier (vers 1040). En dépit des conflits qui ont séparé l’Église latine et l’Église grecque (Grand Schisme d’Occident à l’époque de Cérulaire : 1054), la Kiévie a entretenu les meilleures relations avec l’Occident. Mais à partir du XIIe siècle, les coups répétés des attaques nomades dans les steppes du Sud ont entraîné, avec le déclin puis la chute de Kiev, le replis des centres politiques sur la haute Volga et l’isolement des principautés russes. Au XIIIe siècle, tandis que les Mongols soumettent peu à peu à leur protectorat la presque totalité de l’ancienne Kiévie, les principautés russes doivent se défendre à l’ouest contre une véritable croisade menée par les États occidentaux contre les pays d’Orient. La conquête et le pillage de Constantinople en 1204, la création de l’Empire latin d’Orient, ont été le premier stade d’une offensive qui se prolonge au nord de l’Europe par les entreprises de l’ordre Teutonique, conquérant la Prusse orientale, amorçant la germanisation des pays baltes et poussant jusqu’aux villes russes de Iouriev (Dorpat, actuellement Tartu) et de Kolyvan (Reval, actuellement Tallin). À cette croisade a répondu une contre-croisade marquée par les victoires du prince Alexandre Nevski sur la Néva et sur les glaces du lac de Pskov (1240-1242). La « bataille des glaces » a arrêté la progression germanique, permis à Novgorod de conserver son indépendance au moment où les principautés du centre devaient payer tribut aux Mongols, et a fixé une limite aux aires d’extension des peuples qui ne variera guère plus : l’expansion russe s’est portée plus tard vers les régions orientales de moindre résistance. Mais les caractères du conflit, autant religieux que politique, expliquent à la fois le rôle national de la religion orthodoxe, la « vraie » religion, et son isolement face au monde catholique.
 
  I.5. Économie et vie culturelle
 
  Dans un climat de guerre se sont ébauchés dès cette époque les traits durables de la société russe. L’économie kiévienne est essentiellement agricole : le grand prince a la propriété éminente de la terre ; les princes qui se partagent celle-ci fondent leur puissance sur leur « truste » de boyards (druzina), armée mobile, d’abord non fixée au sol, puis formant peu à peu une caste de propriétaires, vivant des redevances et du travail des paysans et de l’exploitation de vastes domaines forestiers. Si la Kiévie connaît l’esclavage, la masse des paysans reste libre. Cependant, déjà, l’endettement limite pour beaucoup la liberté, et le simple arbitraire des boyards, qui ont la force militaire, amorce une évolution vers la servitude (qui ne fut légalisée qu’au XVIIe siècle) ; à cet égard, l’histoire de la paysannerie en Russie a suivi un chemin inverse de celle de la paysannerie d’Occident. Les princes tirent revenu de la terre, mais aussi des « villes » ou plutôt des nombreux petits bourgs (peut-être 300 au moment de l’invasion mongole, fortifiés par un kreml de bois, et qui témoignent de l’activité des échanges ; les cités les plus importantes étaient Kiev, Tchernigov, Pskov et Novgorod. De Kiev partaient des caravanes de marchands protégés contre les attaques des Petchenègues, puis des Polovtses, apportant à Byzance des cargaisons d’esclaves, de fourrures et de cire. Les revenus des princes et de l’Église ont permis la construction de nombreux édifices religieux, de modèle byzantin, réalisés par des architectes grecs, qui utilisaient une main-d’oeuvre d’artisans russes ; la plupart datent du XIe siècle, « âge d’or » de la Kiévie : Sainte-Sophie de Kiev, Sainte-Sophie de Novgorod, Sainte-Sophie de Polotsk, Saint-Sauveur de Tchernigov, etc. Le XIe siècle marque aussi le début d’une littérature essentiellement religieuse, écrite en vieux slavon d’Église, car le clergé, et surtout le clergé monastique, est alors le dépositaire de la culture. Mais, déjà, des annales sont rédigées qui, rassemblées plus tard, furent les premiers monuments d’une culture nationale (tels la Chronique des temps passés et le Dit d’Igor qui raconte l’expédition d’un prince de Novgorod à la fin du XIIe siècle et a peut-être été écrit postérieurement). C’est au XIIe siècle que plusieurs cités de la Russie centrale connaissent à leur tour un brillant essor : à Vladimir s’élèvent l’église du Sauveur, la cathédrale Saint-Dimitri (1194-1197), un palais princier.


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