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Moscovie

samedi 28 février 2009


II. La Moscovie : du morcellement féodal à l’État centralisé

 
  II.1. La domination mongole
 
  En 1223, les tatars envahissent le pays, les princes russes subissent de lourdes pertes durant la bataille de Kalka les opposant à une première vague de cavaliers mongols. Cependant les " vainqueurs " se contentent d’une mission de reconnaissance et regagnent la steppe. La deuxième vague d’invasion est fulgurante : en 1237, les troupes mongoles dirigées par Batu, le petit-fils de Gengis Khan et neveu du successeur de ce dernier, Ogoday, déferlent sur la Russie kiévienne intégralement soumise en 1240, même si la principauté de Novgorod n’est pas envahie. Batu établit en 1242 sa capitale à Saraï, sur la basse Volga et fonde la Horde d’Or, relativement indépendante de l’empire mongol. La domination tatare est d’ordre économique, les Russes doivent payer un tribut en fourrures et argent mais la Horde d’Or maintient au pouvoir la dynastie qui règne sur les différentes principautés. Les Tatars assurent leur pouvoir politique en jouant sur les rivalités familiales de la dynastie régnante et en attribuant le yarlik (privilège) au prince de leur choix. Ainsi Alexandre Nevski, grand-prince de Vladimir célèbre pour sa lutte contre les Suédois et les Chevaliers Teutoniques, est soutenu par les Tatars. La Horde d’Or ménage également la religion orthodoxe qui lui retourne sa bienveillance. Exempte de taxe, l’Eglise possède des terres bénéficiant d’une immunité qui fera du clergé russe un propriétaire foncier de première importance. Les descendants d’Alexandre Nevski, princes de Moscou, prennent peu à peu l’ascendant sur les autres principautés russes en monopolisant la perception du tribut tatare et, en 1328, le siège de l’Eglise déménage de Vladimir à Moscou. Les possessions territoriales doublent sous le règne de Daniel (1276-1303) et poursuivent une progression fulgurante tout au long du XIVe siècle. Les deux siècles de domination mongole ont eu des conséquences profondes sur le cours de l’histoire russe : la théorie « eurasienne » qui rattache partiellement la Russie à l’Asie et met l’accent sur les traits asiatique de la civilisation russe, apparus ou renforcés après la conquête, est rejetée ou mise en doute par la plupart des historiens. L’influence tatare sur le vocabulaire, les institutions, les coutumes a été réelle, bien qu’elle ne portât que sur des détails. Mais la conquête a arrêté net le développement de la Russie par la destruction des villes, la décimation de la population, le poids du tribut, la réquisition d’artisans, le recrutement de mercenaires au profit de vainqueurs pour qui les terres russes n’étaient que domaine d’exploitation marginal. Le relèvement a d’ailleurs été rendu possible par une activité commerciale que facilitait la remarquable organisation de l’Empire mongol. Dès le XIVe siècle, les Russes jouèrent, dans l’aire contrôlée par la Horde d’Or, un rôle économique important. La domination mongole n’en a pas moins imposé à la Russie un retard d’un ou deux siècles. Les principautés russes deviennent au XIIIe siècle la marche frontière occidentale de l’immense Empire mongol. Les princes, devenus tributaires de la Horde d’Or, vont chercher à Saraï, sur la basse Volga, le jarlyk, charte qui leur garantit, contre tribut et cadeaux, leurs possessions héréditaires. Seule la région de Novgorod, qui avait échappé à la conquête, reste indépendante des Mongols. Mais les régions du Sud, plus dévastées par l’invasion, perdent leurs princes ; dès 1249, Kiev est sous l’autorité d’un gouverneur mongol. Le centre politique des Slaves orientaux se déplace vers le nord, en Souzdalie ; dans cette région de la haute Volga, qualifiée de Mésopotamie russe (triangle formé par la Volga, l’Oka et la Moskova), se forme un nouvel État dont le centre, après Souzdal et Vladimir, s’est fixé à Moscou (ville moins ancienne, que les textes mentionnent pour la première fois en 1147) au début du XIVe siècle. Le rassemblement des terres russes sous l’autorité du grand-prince de Moscou et la lutte contre les Tatars Mongols pour l’indépendance, à partir de la victoire sans lendemain de Dmitri Donskoï à Koulikovo (le Champ des bécasses, 1380), mettent fin au « morcellement féodal » et à la sombre période du joug étranger. Le grand-prince de Moscou, Ivan III (1462-1505), impose son autorité à la ville libre de Novgorod (1478), à la principauté de Tver (1485), de Viatka (1489), à la majeure partie de celle de Riazan (1503), s’intitulant « prince de toute la Russie » (le titre de tsar de Russie, en usage à l’étranger dès le XVe siècle, sera pris officiellement par Ivan IV en 1547). Cependant, dès 1389, le khan de la Horde d’Or reconnaît la suzeraineté du grand-prince de Moscou sur l’ensemble des principautés russes ; après un long conflit marqué par des raids dévastateurs des Tatars sur Moscou (1408 et 1439), Ivan III refuse le tribut en 1476. La défaite écrasante des Tatars en 1480 affirme l’indépendance du nouvel État moscovite où l’application du Code (Sudebnik) administratif et judiciaire de 1497 témoigne des progrès de la centralisation.
 
  II.2. Renouveau démographique et économique
 
  Aux temps même de la domination mongole, dès la fin du XIVe siècle, les terres russes connurent un renouveau démographique et économique, marqué par des migrations paysannes et des défrichements, par la multiplication des « villes » et l’animation du commerce. La technique agricole, en dépit de l’apparition du système d’assolement triennal (qui s’est développé surtout deux siècles plus tard) et de charrues plus efficace, reste élémentaire ; la fréquence des mauvaises récoltes, dues aux irrégularités du climat, entretient la misère paysanne. La grande propriété, aux mains des boyards et des établissements religieux, commence à se développer. À côté de la propriété pleine et entière (vocina), existe cependant la propriété conditionnelle, accordée contre service civil et militaire, aux serviteurs du prince (pomestje). Dans un type d’exploitation comme dans l’autre s’aggrave la condition du paysan soumis à la corvée (barscona) et à des redevances en nature. Y échappent les paysans « noirs » qui vivent sur les terres de l’État, dépendant directement du tsar, et qui sont nombreux sur les terres de colonisation du nord du pays, en direction de l’océan Glacial. La distinction s’affirme entre une paysannerie peu à peu asservie et une paysannerie restée libre. L’une et l’autre se sont organisées en communautés rurales (selskoe obscestvo), combinant l’appropriation collective des terres du village et l’exploitation individuelle ; l’expression juridique en est le mir. Une liste des « villes » russes de la fin du XIVe siècle en énumère cent trente ; ce sont des bourgs fortifiés par un kreml de bois ou déjà souvent de pierre (Moscou dès 1370), avec des faubourgs d’artisans ; les plus importants sont des centres d’échange entre les principautés. Les marchands russes, au XVe siècle, apparaissent même sur les marchés étrangers (Crimée, Lituanie). Ce développement urbain, signe de civilisation, s’accélère sous le règne d’Ivan III, qui a fait de Moscou une capitale digne d’un souverain. Mais Moscou bénéficie des progrès antérieurs de Souzdal, de Vladimir, de Novgorod surtout, que le peintre d’icônes Théophane le Grec quitte en 1380 pour Moscou où il collabore avec le plus remarquable des peintres de l’ancienne Russie : Andrei Roublev (environ 1360-1430), inspiré par la foi, mais aussi par les malheurs des temps, auteur d’une quarantaine d’icônes (La Trinité). La lutte contre les Tatars suscite des récits patriotiques comme le Dit du massacre de Mamaï, la Zadonchtchina (fin XIVe-début XVe siècle) et l’activité commerciale renaissante est symbolisée par le récit de voyage du marchand de Tver, Nikitine, Par-delà les trois mers (1465), qui se rendit en Perse et en Inde. Le règne d’Ivan III, souverain d’un État unifié, autoritaire, qui affecte de se considérer comme le successeur de l’empereur byzantin et a adopté comme armoiries l’aigle bicéphale, est une dernière étape avant les changements décisifs qui au XVIe siècle caractérisent le règne d’Ivan IV (1533-1584).


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