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Conquête de la Sibérie

janvier 2009


III. Le siècle de l’expansion sibérienne

 
  III.1. Le règne d’Ivan le Terrible
 
 
  Tsar de Russie (1547-1584). L’image du « terrible tsar » a considérablement marqué la conscience de ses contemporains. Tyran sanguinaire pour les uns, il est considéré par d’autres comme l’un des hommes qui a le plus contribué à la grandeur de la Russie. Des textes de toute sorte : chansons, folklores, légendes, récits de voyage en portent témoignage. Avec le règne d’Ivan le Terrible, la Russie entre dans l’époque de l’absolutisme moscovite, orchestré par un monarque souverain, au pouvoir sans limites mais adoré de son peuple, et qui s’accompagne de la confirmation d’un processus de centralisation et d’unification du pays. Ivan IV a trois ans lorsque son père, le grand-prince de Russie Vassili (Basile) III, meurt en 1533. La mère d’Ivan, Hélène Glinskaïa, assume la régence, mais elle entre en conflit avec la douma des boyards (conseil consultatif qui assure l’autorité suprême lorsque le souverain est absent de Moscou), c’est-à-dire des nobles de haut rang. Lorsqu’elle meurt en 1538, Ivan se retrouve seul au Kremlin, entouré par différents clans aristocratiques rivaux, principalement les Chouïski et les Belski. L’interrègne est finalement assuré par les Chouïski, au prix des pires violences. Le jeune prince, témoin de toutes ces atrocités, est aussi la première victime des intrigues de palais. En public, toutes les marques de respect lui sont présentées, mais en privé, il est insulté et outragé. La haine qu’Ivan porte, au cours de son règne, aux boyards, ainsi que sa tendance à la cruauté (qui va en s’accentuant) a pris racine durant son enfance. Bien que son éducation soit négligée, il lit énormément, apprend l’histoire dans les chroniques byzantines et dévore celle des saints et de l’Eglise russe. C’est un jeune homme qui manifeste une méfiance maladive à l’égard de tous et qui semble avoir déjà perdu son équilibre moral. Mais, à la différence de ses prédécesseurs, il est aussi l’un des hommes les plus instruits et cultivés de son temps. En 1547, Ivan décide de se faire couronner tsar et grand-prince de toute la Russie. Il revendique la fonction et les attributs de l’empereur (basileus) byzantin et légitime ainsi la Moscovie à la tête de la chrétienté orientale, succédant à Constantinople tombée en 1453 aux mains des Turcs. Durant la préparation de la cérémonie de couronnement, un riche corpus de chroniques et de légendes russes est utilisé par Ivan et son métropolite Macaire pour justifier ses prétentions au titre de tsar (réservé jusqu’à la fin du XVe siècle aux empereurs byzantins, aux souverains bulgares et serbes et aux khans tatars) en tant qu’héritier de l’empereur de Constantinople. Il n’est plus seulement un grand-prince, mais un monarque qui tient son pouvoir de Dieu, confirmé sur Terre par l’appui de l’Eglise. Cette décision consacre l’indépendance et l’hégémonie du nouvel Etat moscovite. Le 16 janvier 1547, Ivan est couronné dans la cathédrale de l’Assomption au Kremlin. Le 3 février, son mariage avec une princesse russe, Anastasia Romanova, approuvé par le métropolite et l’ensemble des boyards, y est célébré. L’année 1547 est marquée par un terrible incendie à Moscou, qui s’étend jusqu’au palais du tsar au Kremlin. Ivan fait acte de contrition publique sur la place Rouge, interprétant ce malheur comme un châtiment pour ses péchés, et annonce son désir de gouverner le pays pour le bien de son peuple. C’est alors que commence la meilleure période de son règne. Entouré d’un Conseil choisi (l’Izbrannaïa Rada), composé du métropolite Macaire, du pope Sylvestre, d’Alexis Adachev (officier de la cour) et du prince Kourbski, Ivan IV entreprend une série de réformes. Le tsar fait convoquer le premier concile du clergé (Zemski Sobor) de l’histoire russe, fait publier un code pénal (Soudebnik) en 1550, et introduit le principe électoral dans l’administration des communautés. Des offices centraux de gouvernement (prikazy) sont créés pour traiter des Finances, de la Guerre, des Affaires étrangères. Localement, surtout là où les populations s’engagent à verser une certaine somme au Trésor royal, des assemblées et des officiers élus sont chargés de contrôler l’action des gouverneurs (les voïévodes) pour empêcher la corruption et les exactions des représentants du pouvoir central. La fiscalité se met peu à peu en place grâce à un premier recensement des terres, permettant de définir avec plus de précision l’assiette de l’impôt. La même année, le service armé du tsar est organisé : des domaines fonciers sont attribués, autour de Moscou, à des fils de boyards, qui représentent la noblesse de la capitale au service du souverain. L’armée est réorganisée, des régiments de mousquetaires font leur apparition. En 1551, le concile des Cent-Chapitres est convoqué pour préciser les statuts de l’Eglise dans ses rapports avec l’Etat et la société. Ivan IV continue d’embellir sa capitale et fait construire la cathédrale Saint-Basile pour commémorer sa victoire sur les Tatars de Kazan. Il incite les marchands de province à venir dans la capitale et installe la première imprimerie du pays à Moscou. En 1553, le tsar tombe très gravement malade et, se sentant près de mourir, demande un serment d’allégeance des nobles à son fils Dimitri, ce que les boyards et ses proches refusent de faire, étant donné son très jeune âge. Son autorité s’étend sur tout le bassin de la Volga (avec l’annexion de Kazan en 1552, et celle d’Astrakhan en 1554), mais ne réussit pas à s’emparer durablement de la Livonie et de l’Estonie. Les conquêtes d’Ivan IV le Terrible, font disparaître l’obstacle à une progression rapide qui allait, en moins d’un siècle jusqu’à la fondation d’Okhotsk en 1649, à 6 000 km de Moscou, et porter les Cosaques et les marchands russes à travers des immensités à peine peuplées, facilement conquises, jusqu’aux rivages du Pacifique. Longtemps après la conquête, la Sibérie est restée vide d’hommes (quelques centaines de milliers d’allogènes, des groupes isolés de colons russes), simplement quadrillée de postes fortifiés qui assuraient l’obéissance des indigènes, soumis à un tribut en fourrures (jasak). Mais les régions de la Volga et de l’Oural ont vu bientôt affluer les paysans de l’État, trop nombreux sur les terres de la Russie centrale ou fuyant les exigences des propriétaires ; la colonisation ici a cerné les peuples allogènes, s’est imbriquée à eux, sans les intégrer, ni les supprimer. À partir du XVIe siècle, la Russie d’Europe devient une mosaïque de peuples à dominante slave. L’expansion se fait dans deux directions : sur la route vers l’Orient et vers la Baltique pour y conquérir des débouchés maritimes. Vers 1550, les guerres les plus importantes sont dirigées contre les peuples tatars, qui lancent à partir des khanats de Kazan, d’Astrakhan et de Crimée des raids contre Moscou afin de s’emparer de butins et d’esclaves. En 1552, le tsar bat les musulmans et s’empare du khanat de Kazan. L’annexion du khanat d’Astrakhan en 1556 va favoriser l’expansion vers l’est ; des cosaques dépassent l’Oural et annexent les terres sibériennes. Les Russes installent sur le trône d’Astrakhan un khan allié, qui fait allégeance à Ivan IV. Mais ce khan se ligue contre le tsar avec les Tatars de Crimée ; Ivan IV relance alors une offensive contre l’Astrakhan, qui est annexé au royaume moscovite. Mais il reste le khanat de Crimée, qui organise des raids en Russie jusqu’en 1558, année où il est vaincu à Azov. La menace des Tatars de Crimée se fait à nouveau sentir à partir de 1569, puisque les troupes du khan arrivent jusqu’à Moscou en 1571 et, ne parvenant pas à s’emparer de la ville, brûlent et ravagent une grande partie de la capitale et du pays. Cependant, en 1582, vaincues par les troupes du tsar, elles sont contraintes de se retirer. Au XVIe siècle commence aussi l’ouverture vers l’ouest, l’envoi de missions diplomatiques en Europe occidentale (à la cour d’Espagne), les échanges commerciaux avec l’Angleterre, la France. La Russie tente les marchands anglais : le navigateur Chancellor, en 1533, aborde à l’embouchure de la Dvina du nord, où sera fondé le port de Novo-Kholmogory qui prendra en 1614 le nom d’Arkhangelsk et restera jusqu’à la fondation de Pétersbourg le seul port de la Russie, et il se rend à Moscou. Une « Compagnie moscovite » anglaise pourvue de grands privilèges commerce à travers la Russie, concurrencée par les Hollandais. Mais l’État russe est assez fort pour opposer entre eux les concurrents étrangers, limiter leurs droits, interdire en définitive le transit de leurs caravanes vers l’Orient, ainsi que la navigation le long des côtes sibériennes. Vulnérable en raison de son retard économique, l’État se défend par un contrôle rigoureux des activités étrangères qui sont indispensables à son développement. L’ouverture du pays est marquée par l’accès du peuple russe à la Volga. Ivan IV brise ainsi la barrière maintenue par la Pologne et la Hanse entre la Russie et l’Europe occidentale. Pour tenter d’atteindre la mer Baltique, le tsar entre en guerre contre la Livonie, qui est soutenue par une puissante coalition formée de la Pologne, de la Lituanie et de la Suède. A l’ouest, la lutte contre l’ordre des Porte-Glaive de Livonie est d’abord marquée par des victoires russes, en particulier la prise de la forteresse de Dorpat (Tartou). En 1560, l’ordre de Livonie est dissous : son dernier grand maître, Kettler, devenu vassal du roi de Pologne, lance, en 1563, en alliance avec les Lituaniens, une offensive - qui échoue - contre les troupes du prince Kourbski.


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