Ce site n’est plus consacré au Comité de Jumelage, mais ...

Accueil du site > Histoire de la Russie > Evénements marquants de l’histoire de la Russie > Le temps d’Ivan IV

Le temps d’Ivan IV

samedi 28 février 2009


Le temps des errements

 
 

A partir des années 1560, l’attitude d’Ivan à l’égard de ses proches conseillers change radicalement. Les intrigues des boyards, mécontents de la défaite du tsar contre la Livonie, et la mort de son épouse en sont sans doute les causes. Le tsar, convaincu que ses conseillers Sylvestre et Adachev ont participé à l’empoisonnement d’Anastasia, les fait condamner. En 1560, Adachev est éloigné de la cour puis emprisonné, et Sylvestre est exilé dans un monastère. Les membres de leurs familles sont mis à mort, ainsi que leurs collaborateurs et amis. Dès lors, un grand nombre de boyards quittent la Russie pour la Lituanie. Le plus notable d’entre eux est le prince Kourbski, qui, ayant quitté la Russie en 1564, adresse au tsar, depuis son exil polonais, de très célèbres lettres où il critique son despotisme.

Après la mort de Macaire en 1563, le comportement d’Ivan IV donne des signes de déséquilibre mental. A l’automne 1564, il quitte Moscou en compagnie de sa seconde femme pour la petite ville d’Alexandrovsk, d’où il fait semblant d’abdiquer. Il envoie deux lettres publiques : l’une accusant les boyards et le clergé de trahison, l’autre réitérant sa confiance au peuple. La population est désorientée par la vacance du pouvoir. Sous la pression du peuple, une délégation se forme pour supplier le tsar de revenir. Ivan impose un décret qui soumet une grande partie du pays et de la capitale à l’autorité d’un corps d’élite, les opritchniki, chargé de la sécurité intérieure.

Très ébranlé psychologiquement par cet épisode, il bouleverse ses pratiques de gouvernement, et se livre alors à des actes de cruauté qui le rendront tristement célèbre. Un territoire réservé est créé, l’opritchnina, où est établi un régime d’exception et où le tsar installe ses fidèles, qui constituent sa garde armée, les opritchniki. Ce territoire est composé d’une vingtaine de villes, des terres proches du grand-duché de Lituanie et d’une partie de Moscou ; puis il est élargi et finit par représenter environ un tiers du royaume. La mise en place de l’opritchnina divise le pays en deux : d’un côté ce territoire d’exception et de l’autre la zemtchnina, terres qui continuent d’être administrées par les gouverneurs et les autorités locales traditionnelles. Le tsar s’octroie également le droit de juger et de punir les criminels comme bon lui semble. Une administration séparée est installée dans l’opritchnina, composée d’hommes à la solde du tsar, au nombre de 1000 à l’origine et de 6000 vers 1572. Ces hommes habillés de noir et montés sur des chevaux de même couleur font régner une terreur sans pareille : ils organisent sur les terres qu’ils dominent des vagues d’arrestations contre les ennemis supposés du tsar : les boyards, leurs familles et leurs proches. Ils détruisent plusieurs villes, notamment Novgorod, dont le tsar fait massacrer 25 % de la population en 1570. Le métropolite Philippe de Moscou, ancien confesseur du souverain, qui s’élève contre le régime de l’opritchnina, est jeté en prison et étranglé.

En 1572, le tsar abolit ce système, mais le royaume reste divisé jusqu’en 1575. Il semble que, depuis la mort de sa première femme et de son fils Dimitri, le souverain ait perdu l’esprit. Sa « démence » le conduit à des actes incompréhensibles ou monstrueux ; ainsi, en 1575, il couronne tsar un Tatar, Siméon Bekboulatovitch, qu’il laisse gouverner à sa guise : renonçant à tous ses titres, se faisant appeler Ivan de Moscou, il participe comme simple membre à la cour de Siméon. Cette inversion du pouvoir et ce carnaval effrayant durent presque un an, avant que Siméon ne soit destitué. Enfin, en 1581, pris d’un accès de rage, il assomme son fils aîné, Ivan, et le blesse mortellement. Dès lors, le tsar passe par des phases d’exaltation ou de sauvagerie, qui alternent avec des moments de repentir, de prières et de flagellations.

A partir de 1578, la Pologne, la Lituanie et la Suède se retrouvent alliées pour lutter contre l’expansionnisme russe. La Pologne passe à l’attaque dans le sud de la Livonie, ses troupes s’avancent jusqu’à Pskov, qu’elle ne peut prendre. Au nord, les Suédois écrasent les Russes. Le tsar est obligé de céder et, par les traités de 1582 et de 1583 avec la Pologne et la Suède, de renoncer à tous les gains territoriaux obtenus pendant cette guerre. Le grand dessein du tsar - s’ouvrir sur la Baltique -, qui a coûté vingt-cinq années de conflits, est un échec total : la Livonie devient polonaise, l’Estonie et le golfe de Finlande suédois. Cependant la conquête du khanat de Sibérie (1581-1584) ouvrit à la Russie de nouvelles perspectives à l’est. La poussée colonisatrice des paysans russes se heurtait à l’est au khanat de Kazan, héritier de la Horde d’Or, qui rassemblait les populations turques et finnoises de la moyenne Volga et de la région pré-ouralienne (Mordves, Oudmourtes, Mariis, Tchouvaches, Tatars, Bachkirs).

Ivan IV meurt en 1584, laissant un pays ravagé par les guerres, ainsi que par l’opritchnina, dont il est difficile de mesurer le coût démographique (la population est d’environ 15 millions d’habitants en 1600). Malgré tout, il lègue un pays dont la superficie a quadruplé en s’agrandissant vers l’est : la Volga est ouverte au commerce, et le dépassement de l’Oural marque le début de la colonisation de la Sibérie occidentale. Sous ce règne s’élabore un pouvoir autocratique nouveau, qui jette les bases politiques d’une Russie unifiée et centralisée.

L’adjectif groznij (terrible) est polysémique : il contient certes une connotation de sauvagerie et de violence pathologique, mais surtout il signifie « celui qui inspire la terreur », qui incarne la justice souveraine. Il est donc synonyme de tyran ou de despote. Ivan le Terrible est l’incarnation d’un monarque théocratique et absolu. Ivan IV avait été marié huit fois, mais il ne laissait que deux fils. C’est Fédor Ivanovitch qui lui succède (son autre fils, Dimitri, n’est âgé que de quatre ans). Mais Fédor est un simple d’esprit, préoccupé essentiellement de religion. L’assassinat de Dimitri et la mort du souverain en 1598 laissent le trône vacant. Le terrible épisode du Temps des Troubles commence alors, et dure jusqu’à l’avènement, au siècle suivant, des Romanov.

 
 

La vie culturelle, reflet de la centralisation étatique

 

La formation d’un État centralisé se reflète dans une littérature marquée par des tendances panrusses, donnant aux souverains une ascendance légendaire (Dit des princes de Vladimir), et par des préoccupations sociales et religieuses, qui traduisent les réactions instinctives du peuple et les oppositions de classes. La Russie n’a connu ni le mouvement de la Réforme, ni celui de la Renaissance ; mais l’orthodoxie a dû lutter contre des doctrines hérétiques, à Novgorod et à Moscou, et le pouvoir, dans la mesure où il s’appuie sur une nouvelle noblesse contre les boyards, trouve son théoricien dans Ivan Peresvetov (milieu du XVIe siècle). La littérature, essentiellement moscovite, comprend des récits historiques, suscités par le temps des Troubles et la lutte des Cosaques contre les Turcs, et surtout des oeuvres religieuses (le Calendrier des saints, complété par Macaire, sera le calendrier officiel de l’Église russe jusqu’à Pierre le Grand).

Pour la première fois paraît un code du savoir-vivre destiné aux classes aisées, le Domostroj (Ménagier), qui rend compte avec quelque exagération de l’assujettissement de la femme et de la puissance du chef de famille. Mais la production littéraire reste peu abondante. Elle n’est pas encore facilitée par le progrès technique, bien que l’imprimerie soit introduite en Russie au milieu du siècle, le premier livre (Actes des Apôtres) paraissant en 1564. Les créations architecturales sont liées de plus en plus au développement du pouvoir souverain : en 1532, est bâtie sur le domaine du grand prince l’église de Kolomenskoe, et les victoires d’Ivan IV sont commémorées par l’édification, face au Kremlin, de l’extraordinaire église de Basile le Bienheureux (1555-1560).

 
 

Le temps des Troubles

 

L’État russe a failli sombrer pendant le temps des Troubles au début du XVIIe. Ruiné économiquement par la guerre livonienne (1558-1583), affaibli par la rivalité des grandes familles à la mort d’Ivan IV (1584) il est gouverné durement par Boris Godounov, tsar élu par le Zemski Sobor en 1598, mais tout-puissant dès 1588. Sous son règne (1598-1605), la Russie affirme son importance européenne, Moscou devient le siège d’un patriarcat indépendant, les boyards ambitieux sont écartés.

Cependant le pays est troublé par l’agitation paysanne, déclenchée dès les années 1580 par les mesures d’interdiction momentanée (de quitter le domaine) qui liaient les paysans à la terre, et, à partir de 1597, par l’institution d’un délai de recherche des paysans fugitifs fixé à cinq ans.

La terrible famine de 1601-1603 entraîna une insurrection des régions méridionales, dirigée par Ivan Bolotnikov, avec l’appui momentané d’une partie de l’aristocratie, hostile au tsar. C’est la première des grandes révoltes qui ont jalonné l’histoire de la Russie jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Bientôt réduite aux seules forces paysannes, elle est écrasée ; mais, suivie d’une intervention étrangère (les Polonais sont à Moscou en 1611), elle marque le début d’une réaction sociale masquée par le sursaut patriotique que provoque l’occupation polonaise. Le pays est délivré par les troupes de Minine et Pojarski, la ville de Smolensk restant toutefois à la Pologne ; en 1613, signe du redressement de l’État, une assemblée de délégués de la noblesse, du clergé, de la classe des marchands et des communautés cosaques au service du tsar élit un nouveau souverain : Michel Fédorovitch (1613-1645), premier de la dynastie des Romanov qui devait gouverner la Russie jusqu’en 1917.


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette